
Léopold Niepce, qui avait été président de la Société d'histoire et d'archéologie de Chalon-sur-Saône, rédigea de nombreux inventaires en vue de sensibiliser le public à la question du patrimoine collectif. Historien régionaliste, le troisième volume de son Histoire (parue entre 1875 et 1877), publié posthume, s’intéresse à trois communes du canton de Sennecey dont Ruffey occupe une belle place.
De l’époque féodale à aujourd’hui, le château a subi de très nombreuses modifications. Niepce écrit à son sujet : « Les Brancion, qu'on peut regarder à juste titre, comme les premiers seigneurs de cette terre (…) Ces derniers, en élevant un donjon à Ruffey, dans les commencements de la féodalité, y auront, sans doute, trouvé déjà une fortification romaine. Il ressort, en effet, de nos explorations minutieuses dans tout le vallon de Ruffey et dans ses alentours, qu'il y avait dans cette partie de notre canton, au temps de l'occupation romaine, tout un système de fortifications », même « un poste fortifié au moment de la conquête romaine ».
Sur le vitrail ci-contre, apparaît la « ronde » des armes des familles propriétaires de Ruffey depuis le Xème siècle.
À cette époque Tournus (Ternucio) est un camp fortifié implanté sur la route stratégique via Agrippa qui menait de Lyon à Boulogne. La campagne Tournugeoise est divisée en grands domaines agricoles dont les propriétaires habitent de luxueuses villas. L’une d’entre elles, agrémentée d’une mosaïque représentant une course de chars, est située à Sens très proche de Ruffey.
Il existait déjà à cette époque, comme le signale Niepce, un poste fortifié situé au nord au-dessus du château. Ci-contre la simulation de la présence de l’oppidum sur l’emplacement originel (bosquet). (dessin de l'oppidum de MGomez)
Cette fortification assurait l’entrée du vallon avec un point de péage au moment de la conquête romaine. En effet, le site de Ruffey commande un défilé avec un accès direct sur la vallée de la Grosne.
La chronologie ci-dessous retrace les principales transmissions du château. En cliquant sur les dates, vous découvrirez quelques-uns des grands noms qui ont fait l'histoire de cette maison.


Les Brancion construisent la première fortification en pierres : tour carrée ou donjon délimité par le « coup de sabre » vertical sur la façade (photo ci-contre).

En 1229, la terre de Ruffey appartient à la seigneurie de Brancion.
Jocerand IV, chevalier et seigneur de Brancion déclare « qu’il a repris le fief du duc Hugues de Bourgogne sa forteresse de Nanton et tout ce qu’il peut y avoir en ladite ville…»
Jocerand part avec Saint Louis (Louis IX) à la 7ème croisade avec son fils et Guillaume de Nanton. Il meurt en Egypte à la bataille de Mansourah avec bravoure « Il avoit été en trente-six batailles, desquelles par plusieurs fois il avoit emporté le prix d’armes…». Ci-contre le gisant de Jocerand (visible à l'église de Brancion).
En 1259, le duc Hugues IV de Bourgogne rachète tous les biens des Brancion, ruinés, suite aux différentes expéditions en plusieurs croisades.

Le 15 mars 1311, Jean dit le « bâtard de Nanton », chevalier, confesse « tenir en fief du duc sa maison de Ruffey proche de l’abbaye de la Ferté avec toutes ses dépendances et les fourches entières de Ruffey que le duc Hugues lui avoit accordée … »
Guillaume de Nanton, fils de Jean, part en croisade contre les turcs avec Jean sans Peur, comte de Nevers (futur duc de Bourgogne) dont il est son échanson et un de ses écuyers.
L’armée croisée est défaite par les turcs à Nicopolis le 6 avril 1396.

Vers 1425, Jeanne de Nanton, fille de Jean dit « le bâtard de Nanton », épouse Jean de Lugny qui reçoit en dot de sa nouvelle épouse la terre de Ruffey. La guerre dite de « Cent Ans » désole la France et le duc prescrit « La mise en bon état de défense des fourteresses de ses états à cause de la guerre avec l’anglais … ». Leur fils Claude de Lugny, chevalier, épouse Alix de La Baume le 12 avril 1442. Il se qualifie « chevalier, seigneur de Ruffey » « tenant de Monseigneur le Duc sa maison forte de Ruffey avec les revenus et dépendances, l’estat de sa maison se composait ordinairement de vingt-six personnes, tant gentilshommes, damoiselles que autres sans y comprendre les hommes d’armes ». Il vit fastueusement et édifie la chapelle destinée au caveau familial dans l’église de Saint Julien en même temps que la chapelle castrale du château de Ruffey. Il entretient 7 chapelains pour les célébrations et la gestion de ses deux chapelles.
Claude de Lugny meurt en 1503 et le château est presque achevé, mais pas à son apogée. Son fils Jean, baron de Ruffey, sera conseiller et chambellan du roi, député aux Etats généraux de Bourgogne, chevalier dans l’Ordre du Collier (Brevet n° 32) créé par le duc de Savoie, bailli et maitre des foires de Chalon. À ce titre, il participe activement à la mise en place des fortifications de Chalon pour se protéger des troupes de Charles Quint et pour cela il figure sur la liste des pensions accordées par François 1er. Jean de Lugny perpétue l’importance de cette maison et termine la chapelle de Saint Julien en réalisant les peintures murales flamboyantes ainsi que des travaux fastueux dans le château. Il se marie avec Jeanne de Bauffremont ce qui va rapprocher les deux baronnies (Ruffey et Sennecey). Ils ont un fils Philibert et une fille Colette.
La maison de Lugny « après avoir jeté un grand éclat s’éteignit faute d’héritier mâle » car Philibert de Lugny à quatre enfants dont un garçon (Esme) qui meurt jeune et trois filles dont Anne .

Philibert de La Chambre « issu d’une très illustre et très ancienne maison tenant le premier rang de noblesse en Savoye », épouse Anne de Lugny. Philibert né vers 1520, est cousin de Catherine de Médicis par son père lui-même cousin germain de la reine. En 1551, Il en devient son premier écuyer.
Il a deux fils Claude et Jean. Philibert et Claude de La Chambre arment et entretiennent une compagnie de 150 arquebusiers à cheval mis pour partie en garnison à Givry « tous habillés de velours et de drap rouge… », mais aussi placés en armes pour défendre Ruffey, ainsi que pour aller défendre la ville de Chalon avec son cousin Nicolas de Bauffremont, baron de Sennecey, qui avait armé lui aussi « des lanciers et arquebusiers tous gentilshommes ».
Durant les guerres de la Ligue, ces gens d’armes n’empêchent pas la forteresse de Ruffey d’être prise par les chefs de guerre huguenots Ponsenac et Verty, déjà maîtres de Tournus et qui avaient « des centaines de mousquetaires et (hommes) d’infanterie ». En effet, l’abbé de Tournus « avait fait porter à Ruffey ses seize quintaux de vaisselle d’étain et tous ses effets précieux », mais cela fut ébruité et les troupes de Ponsenac et Verty attaquèrent le château qui tomba.
En 1562, La Famille La Chambre entretient un receveur (collecteur d'impôts) pour la baronnie ainsi qu’en 1574 un capitaine à Ruffey, « noble Estienne de La Perrière pour commander les hommes d’armes ».
Vers 1579, Claude de La Chambre est Chambellan du frère du roi, chevalier de l’Ordre et gentilhomme de la chambre du roi, guidon de la compagnie d’armes. Il meurt en 1586.

Le 3 septembre 1604, Pierrette-Edmonde de La Chambre épouse René d’Amoncourt, chevalier des Ordres du roi et baron de Ruffey et de Montigny. Les époux sont envoyés en leur demeure de Ruffey en 1616 et vont céder rapidemment la baronnie de Ruffey à Claude de Bauffremont, baron de Sennecey.

En 1641, Marie-Claire de Bauffremont, unique héritière des Bauffremont (branche Sennecey) épouse Jean-Baptiste-Gaston de Foix.
Marie-Claire, dame d’honneur de la reine, a un fils comme seul héritier, Henri-François de Foix de Candalle (portrait).
Henri-François reprend de fief de Ruffey. Il meurt sans héritier en 1714 et son neveu, Antonin Nompar de Caumont, hérite de la baronnie de Ruffey.
En 1628, il est signalé un fermier général, Louis Mercier, propriétaire du manoir de Sermaizey situé à Laives. À partir de cette époque les seigneurs de Ruffey, retenus par leur charges à la cour ou dans les armées, ne résident plus à Ruffey.
« Ils afferment la justice et la terre à un fermier général ». Certains étaient même de souche noble comme la famille Mercier.

Antonin, comte puis duc de Lauzun, est de la famille des Nompar de Caumont, originaire de Gascogne où il est né vers 1632. Personnage "haut en couleur", Perrault dit de lui « qu’à lui seul il paraissait toute la cour »…
Lauzun hérite de la baronnie de Ruffey après la mort de son oncle, Henri-François de Foix de Candalle, qui disparaît sans héritier.
Pour plus de détails sur les succès et déconvenues de Lauzun voir "Intrigues, infortune et grand pouvoir"...

Louis-Antoine de Gontaut, duc de Biron (portrait), hérite en 1733 de la baronnie de Ruffey de son oncle le duc de lauzun, mort sans postérité. Le duc de Biron fait une carrière militaire des plus brillantes. Il cumule les exploits sur les champs de bataille et se distingue particulièrement à la bataille de Fontenoy. À la suite Louis XV le fait maréchal. Il est aussi Pair de France et chevalier des ordres du roi.
En 1740, une transaction indique que la baronnie de Ruffey se compose alors des villages de Ruffey, Montceaux, Ragny, Corlay, Vincelles, Chalot, Nanton, Sully, Tallant et autres. « Comme Haut justicier, le duc de Biron avait le droit de nomination du juge de sa châtellenie ». Il indique que son Procureur fiscal est le Sieur Bonne habitant à Nanton et le 9 janvier 1767, nomme Jean-Claude Jolivot comme nouveau Greffier de Justice pour toute la baronnie (voir le parchemin de nomination en bas de la page "Intrigues, infortune et grand pouvoir"). En 1788, le maréchal meurt sans postérité et transmet Ruffey à son frère cadet Charles-Antoine de Gontaut-Biron qui, sans être aussi romanesque que son ainé, se distingua aussi dans les armes. Son fils Armand-Louis de Gontaut, lui aussi dans le métier des armes, hérite de Ruffey juste avant la Révolution.
Il est nommé député aux États généraux en 1789 en oubliant ce qu’il devait au roi Louis XVI. Puis il entre dans le parti du duc d’Orléans. En 1792, il sert comme général dans les armées de la république et se distingue dans plusieurs occasions. Mais les commissaires extrémistes que la convention entretenait le dénoncent comme toujours royaliste au départ de la Terreur. Sa tête tombe le 31 décembre 1793. Après son décès tous ses biens retournent à son père (Charles-Antoine).

En 1793, la nation ne confisqua pas le château de Ruffey tout en lui laissant autour une centaine d’hectares, mais supprima le pouvoir seigneurial de la baronnie et confisqua l’ensemble de son immense territoire foncier qui s'étendait jusqu'à Étrigny.
Charles -Armand de Gontaut Biron le 14 octobre 1797 (23 vendémiaire an VI) vend ce qui reste du domaine à Antoine Jacquerot (marchand bourgeois de Cuisery).
Louise épouse en secondes noces Eugène Goguelat du Vernoy.
Le couple vend le domaine aux enchères en 1876

Jean-Baptiste VIREY (photo-ci-contre) achète Ruffey aux enchères en 1876. Il vit à Paris et à 7 enfants. Selon Léopold Niepce: « la vieille forteresse a été relevée de ses ruines par son propriétaire, M. VIREY, qui en a fait son habitation en lui laissant son ancien cachet ». Il le décrit ainsi : « Non loin de Sennecey, lorsqu’on a traversé l'agreste hameau de Saint-Julien, groupé autour de sa vieille église paroissiale, on pénètre dans un étroit et frais vallon au fond duquel bruit un rapide ruisseau sur son lit des cailloux bordé de saules, Comme une sentinelle avancée, un antique château féodal garde l'entrée de ce vallon et semble vouloir en fermer l'accès. Quelques rares maisons de cultivateurs se groupent autour de ce manoir des arbres séculaires le couvrent de leurs ombrages, et naguère encore ses tours brunies par les âges portaient de lourds manteaux de lierre et l'écho de ce lieu solitaire ne répétait d'autre bruit que celui de quelque pierre qui, détachée par le temps de ses murailles, roulait dans ses fossés creusés dans le roc. »
Jean Virey le septième fils de Jean-Baptiste hérite de Ruffey en 1891. Mais il fait de mauvaises affaires en choisissant l’élevage et non pas l’option des subventions d'État pour replanter les vignes après le phylloxéra et rencontre des problèmes financiers à partir de la fin des années 1940 (courrier de Jean au Préfet de Saône et Loire le 19 janvier 1951 pour demander une aide financière aux services des Monuments Historiques afin de réparer les importantes fuites dans les toitures).
Les enfants de Jean vendent le domaine en 1957.

Sur une période très courte de quelques années, un antiquaire parisien, puis un libraire spécialisé en manuscrits, ainsi qu’un hôtelier rachètent successivement le domaine mais échouent tous très rapidement dans leur entreprise.
La Famille Druard-Neuville achète Ruffey dont l’héritier Blaise est prêtre. Il met les bâtiments à la disposition des Scouts de France qui organisent des camps de vacances chaque été. En 1972, le père Druard-Neuville fera don du domaine à une association caritative s’occupant d’enfants handicapés. Cette association vend Ruffey en 2007.

À partir de 2007, le famille propriétaire du domaine a entrepris une grande campagne de restauration générale des bâtiments, du parc et de l’enceinte.
Input your search keywords and press Enter.